Fiche Action

Quelle université au 21ème siècle ?
- Résumé
- L’université est ébranlée par la crise économique, sociale, environnementale et culturelle. Elle ne peut s’exonérer de sa responsabilité et doit relever le défi de la complexité, de la démocratisation et du multiculturel. La Fondation soutient la création d’une alliance d’universitaires pour refonder la formation et l’université.
- Synthèse
- Le système international de formation répond-il aux enjeux du XXIème siècle ? Forme-t-il correctement les acteurs du monde qui vient ? Les évolutions de l’enseignement supérieur dans les dernières décennies suscitent plutôt de l’inquiétude. L’enseignement est happé par les valeurs du temps: compétition, efficacité à court terme, discrimination sociale… La compétition, notamment, a pénétré le système au point d’en devenir une valeur clef. Elle le structure désormais, à de nombreux niveaux: entre institutions,entre laboratoires ou entre chercheurs. De plus son principe oriente le contenu et l’objet de la formation elle-même. Elle est de plus en plus dédiée à la formation d’agents économiques compétitifs dans l’idée de former une « élite » réduite plutôt que de faire progresser l’ensemble de la société. Cette compétition et l’obsession de se mesurer a produit naturellement une standardisation des sujets et des formes de recherche: on ne compare que ce qui est similaire, donc, pour pouvoir se comparer il faut se ressembler. Il s’agit pour survivre de se conformer à quelques normes d’évaluation, comme les critères de Shangaï, et de ne traiter que des sujets qui sont « à la mode ». Les critères d’évaluation retenus constituent une loi d’airain qui rend difficile l’émergence de pensées et de systèmes de valeurs alternatifs. Par ailleurs le renchérissement de l’université se traduit également par le creusement du fossé éducatif et culturel. Enfin malgré de nombreux efforts répétés, le cloisonnement des formations reste la règle. Ainsi, loin de former un facteur de résolution des problèmes, la formation supérieure dans sa forme actuelle, est devenue une partie du problème. Ce constat est de plus en plus partagé.
Pour retrouver le rôle fondamental qui était le sien, la formation supérieure au XXIème siècle doit aborder trois enjeux:
– la démocratisation des formations et de la co-construction des cursus de formation en lien avec les acteurs (administrations, collectivités locales, organisations de la société civile)
– l’approche des systèmes complexes
– la prise en compte de la diversité des sociétés.
Ceci appelle une réforme assez profonde de l’organisation de la formation supérieure, tant dans ses contenus que dans ses modes d’évaluation et de la nature des liens tissés avec l’ensemble de la société. - Voir l'historique
- Au début des années 90 la fondation s’est intéressée aux systèmes de formation par plusieurs approches. La première était celle de la formation des agents scientifiques et techniques (ingénieurs, chercheurs) dans le cadre d’une réflexion plus large autour de l’innovation et de la responsabilité. En 1995 elle entre en partenariat avec l’association internationale des universités (AIU) dont Michel Falize était le trésorier. Dans ce cadre, Pierre Calame intervient en 1996 à Bangkok à leur cession plénière. Reprenant l’ensemble des dialogues avec l’université développés depuis 1984 (Morogoro en Tanzanie), il avance l’idée de nouveau contrat social entre université et société. Ce thème est repris autour du concept d’université citoyenne lors du congrès de la FUCE (Fédération des Universités Catholiques Européennes en 1998). Ces deux idées de contrat social et d’université citoyenne commencent à être diffusées en 1999 lors de la conférence mondiale de l’enseignement supérieur organisée par l’Unesco à Paris et le thème sera repris à l’occasion des cinquième et dixième anniversaires de cette conférence. En parallèle, dans le cadre de l’alliance pour un monde responsable et solidaire, un groupe de travail d’universitaires se constitue sous l’égide d’Edgar Morin. Il publie en juin 2001 le cahier de propositions « Université quel avenir? Propositions pour une réforme » (ed. ECLM) qui met en avant deux idées: celle de nouveau contrat social et celle, familière à Edgard Morin, de réforme de la pensée et de formation à la complexité. C’est dans le prolongement de ce cahier de propositions que se constitue toujours sous l’égide d’Edgar Morin et avec l’animation d’Alfredo Pena-Vega, membre de l’association pour la pensée complexe, l’observatoire international des réformes universitaires (ORUS). Ce réseau particulièrement développé en Amérique Latine bénéficie en 2003 d’un appui de poids, le ministre de l’éducation de Lula, Cristovam Buarque. Ils organisent ensemble un séminaire international sur l’université du 21ème siècle. Pierre Calame fait une conférence en plénière sur le thème: « l’université du 21ème siècle sera citoyenne, responsable et solidaire…ou ne sera pas ».
En parallèle, la fondation depuis l’origine avait été confrontée à la question du rôle de l’université dans la formation des futures élites et leaders sociaux dans la tradition chère aux universités populaires de co-construction des savoirs. Le projet de Morogoro en Tanzanie de 1984 à 1988 portait sur ce thème. Il fut prolongé par la conférence de Caracas en 1991 autour de la co-construction des savoirs entre université et quartiers d’habitat populaire puis repris à propos de la formation des leaders paysans par le réseau APM. L’université populaire urbaine de l’alliance des habitants est la suite lointaine de la conférence de Caracas et l’UPAFA (Université Paysanne Africaine) la suite lointaine de Morogoro. La démission de Cristovam Buarque a incontestablement affaibli les suites de la conférence de Brasilia et l’absence de co-financements les suites de l’UPAFA. En outre, y compris dans le cadre d’Orus a commencé à apparaître l’idée que compte tenu de l’inertie des structures universitaires existantes et notamment de leur cadre disciplinaire il fallait prêter une attention plus grande aux universités en voie de création, souvent universités privées, comme l’université de la Mer à Viña del Mar au Chili, notamment tournée vers le travail avec les syndicats de pêcheurs ou l’université Tri Viet en cours de création au Vietnam. De cette longue histoire découlent les différents fils directeurs qui ont guidé des initiatives jusque là séparées:
– le premier : « de quelles élites le monde a besoin » et « comment les forme-t-on? » se retrouve dans la conférence de Pierre Calame de juillet 2009 à l’Unesco ou dans les réflexions sur la réforme de la formation aux affaires publiques (Chine, Bolivie, Equateur, colombie);
– le deuxième: « qu’est-ce qu’une université citoyenne et responsable? » et « comment construire un contrat entre université et société » traverse toutes nos actions mais se heurte comme dans le domaine scientifique à l’illusion corporatiste que l’autonomie universitaire est la réponse;
– le troisième : « comment enseigne-t-on la complexité et comment renforce-ton les approches transdisciplinaires était particulièrement porté par Orus
– le quatrième : autour de la co-production des savoirs et de la formation des leaders sociaux est porté particulièrement par l’alliance Terre citoyenne (paysans et pêcheurs) et par l’Université Populaire Urbaine (alliance internationale des habitants)
– le dernier : comment mettre à profit la création de nouvelles universités pour repenser l’université du 21ème siècle est notamment porté depuis le Vietnam avec l’idée de club des universités du 21ème siècle.
Jusqu’à présent ces différents courants se sont nourris mutuellement mais souvent à travers des initiatives et des partenariats différents. Aucun n’a néanmoins la force de frappe suffisante compte-tenu de la formidable inertie intellectuelle et institutionnelle de l’université. L’enjeu en 2010-2011 est de renforcer les synergies entre eux.




